Quelles ont été les maladies professionnelles les plus fréquentes en 2025 ?

En 2025, les maladies professionnelles ne sont plus un sujet technique réservé aux spécialistes de la santé au travail. Elles racontent une histoire plus large : celle d’un monde professionnel qui change, d’organisations sous tension, et de corps — physiques comme mentaux — qui encaissent, parfois jusqu’à la rupture.

Les chiffres publiés ces derniers mois confirment une tendance déjà amorcée : les maladies professionnelles continuent d’augmenter. Selon les données consolidées par l’INRS et l’Assurance Maladie, plus de 68 000 cas ont été reconnus en 2024 en France, avec une hausse de près de 7 % par rapport à l’année précédente. La dynamique observée en 2025 s’inscrit dans cette continuité. À l’échelle européenne, l’EU-OSHA rappelle que les maladies liées au travail représentent aujourd’hui une charge sanitaire bien plus lourde que les accidents du travail eux-mêmes.

Autrement dit : le danger au travail ne frappe plus seulement brutalement. Il s’installe. Il s’infiltre. Il s’accumule.

Les troubles musculo-squelettiques : la grande épidémie silencieuse

Si l’on devait résumer 2025 en un mot-clé, ce serait sans doute celui-ci : TMS. Les troubles musculo-squelettiques dominent toujours très largement les statistiques. Ils représentent près de neuf maladies professionnelles reconnues sur dix.

Derrière cet acronyme un peu froid, il y a des réalités très concrètes : des épaules qui brûlent, des poignets qui s’engourdissent, des lombaires qui lâchent. Des douleurs qui ne disparaissent pas avec un week-end de repos. Les tendinites, les lombalgies chroniques, le syndrome du canal carpien ou les atteintes de la coiffe des rotateurs constituent l’essentiel des diagnostics.

Longtemps associés aux métiers manuels, les TMS ont désormais conquis le tertiaire. L’ordinateur, la souris, le smartphone sont devenus des outils aussi contraignants que certaines machines industrielles. Les postures prolongées, le manque de pauses, le télétravail improvisé sur une table de cuisine ont laissé des traces.

Ce qui frappe en 2025, ce n’est pas seulement le volume de cas, mais leur banalisation. La douleur chronique s’est normalisée. On « fait avec ». Jusqu’au moment où le corps impose un arrêt.

Quelles ont été les maladies professionnelles les plus fréquentes en 2025 ?

La santé mentale : le mal du siècle au travail

Mais s’arrêter aux TMS serait passer à côté d’une mutation plus profonde encore. Car la grande transformation des dernières années concerne la santé psychique.

Stress chronique, anxiété, dépressions liées au travail, burn-out : les affections psychiques d’origine professionnelle progressent. Leur reconnaissance officielle reste complexe — la procédure est plus exigeante que pour les TMS — mais leur présence dans les consultations médicales est indiscutable.

L’Organisation internationale du Travail alerte depuis plusieurs années sur l’impact des risques psychosociaux. Pression constante, intensification des objectifs, injonction à la performance, hyperconnexion : le travail moderne n’est plus seulement physique, il est cognitif et émotionnel.

Le télétravail, censé apporter de la souplesse, a parfois brouillé les frontières. Les journées se sont étirées. Les messages professionnels ont envahi les soirées. La charge mentale s’est densifiée. En 2025, le burn-out n’est plus un phénomène marginal : il est devenu un indicateur du déséquilibre organisationnel.

Ce qui rend ces maladies particulièrement préoccupantes, c’est leur invisibilité initiale. Il n’y a pas de plaie. Pas de fracture. Mais une fatigue profonde, une perte de sens, une érosion progressive de la motivation. Et lorsque le point de rupture arrive, la récupération peut être longue.

L’amiante : l’ombre persistante du passé industriel

Pendant que les entreprises s’adaptent aux risques psychosociaux, d’autres maladies rappellent que l’histoire industrielle continue de produire ses effets.

Les cancers liés à l’amiante restent, en 2025, une réalité tragique. Le mésothéliome et certains cancers pulmonaires apparaissent parfois des décennies après l’exposition. Selon les données compilées par l’Eurostat, les pathologies cancéreuses professionnelles constituent encore une part significative des décès liés au travail en Europe.

La particularité de ces maladies est leur latence. Les travailleurs exposés dans les années 1980 ou 1990 développent aujourd’hui les conséquences de ces expositions. Le danger a disparu des ateliers, mais il demeure dans les corps.

Les chantiers de rénovation et de démolition continuent également d’exiger une vigilance accrue. L’amiante, bien que réglementée, n’a pas totalement disparu des bâtiments anciens. La prévention reste donc un enjeu permanent.

Les maladies respiratoires : respirer peut devenir un risque

Au-delà de l’amiante, les maladies respiratoires professionnelles persistent. Asthme professionnel, bronchites chroniques, pneumoconioses : l’inhalation répétée de poussières, de fumées ou de produits chimiques continue d’affecter des milliers de travailleurs.

Dans le bâtiment, l’industrie manufacturière ou certaines activités agricoles, l’exposition aux particules fines et aux substances irritantes demeure un facteur de risque important.

L’Organisation internationale du Travail rappelle que les maladies respiratoires et cardiovasculaires liées au travail figurent parmi les premières causes de mortalité professionnelle dans le monde. Là encore, la progression est lente, insidieuse. La fonction pulmonaire se dégrade progressivement, parfois sans symptômes immédiats.

La peau et l’ouïe : des atteintes moins visibles mais bien réelles

Certaines maladies professionnelles sont moins médiatisées, mais elles persistent. Les dermatites de contact, par exemple, restent fréquentes chez les coiffeurs, les soignants, les professionnels du nettoyage ou de l’industrie chimique. Les produits manipulés quotidiennement peuvent provoquer des réactions allergiques ou irritatives chroniques.

La perte auditive liée au bruit constitue un autre exemple. Dans les environnements industriels ou sur les chantiers, l’exposition prolongée à des niveaux sonores élevés entraîne des lésions irréversibles de l’oreille interne. Le problème est progressif : on ne s’en rend pas compte immédiatement. Mais une fois installée, la surdité professionnelle ne régresse pas.

Ces pathologies rappellent que le risque professionnel n’a pas disparu avec la modernisation des outils. Il s’est transformé.

Quelles ont été les maladies professionnelles les plus fréquentes en 2025 ?

Pourquoi cette hausse en 2025 ?

Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation constatée. D’abord, le monde du travail s’est intensifié. Les marges de manœuvre se sont réduites, les cadences se sont accélérées, et la pression économique reste forte dans de nombreux secteurs.

Ensuite, la population active vieillit. Or, les pathologies chroniques — qu’elles soient musculo-squelettiques ou cardiovasculaires — augmentent avec l’âge. L’exposition cumulative aux contraintes professionnelles produit ses effets sur le long terme.

Enfin, la reconnaissance s’est améliorée. Les dispositifs de déclaration sont mieux connus, et les médecins sont davantage sensibilisés. L’INRS souligne que l’évolution des tableaux de maladies professionnelles facilite l’identification de certaines pathologies autrefois sous-déclarées.

Il ne s’agit donc pas uniquement d’une aggravation brutale des conditions de travail, mais d’un phénomène multifactoriel : transformation des organisations, vieillissement des salariés, meilleure détection.

Un coût humain considérable

Au-delà des statistiques, les maladies professionnelles ont un coût humain majeur. Les arrêts de travail qu’elles entraînent sont souvent plus longs que ceux liés aux accidents. Elles peuvent déboucher sur une inaptitude, une reconversion forcée, voire une exclusion durable du marché de l’emploi.

La dimension psychologique est également importante. Perdre la capacité d’exercer son métier, souffrir de douleurs chroniques ou d’un épuisement profond affecte l’identité professionnelle. Le travail n’est pas seulement une source de revenus : il structure le quotidien, le lien social, le sentiment d’utilité.

Vers une nouvelle culture de la prévention ?

Face à ce constat, la prévention apparaît comme le levier central. Ergonomie des postes, réduction des expositions chimiques, programmes de prévention des risques psychosociaux, sensibilisation au droit à la déconnexion : les pistes existent.

En 2025, la santé au travail ne peut plus être envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité immédiate. Elle implique une réflexion globale sur l’organisation, le rythme, la charge mentale et les limites humaines.

Les maladies professionnelles les plus fréquentes cette année — troubles musculo-squelettiques, affections psychiques, pathologies respiratoires et cancers liés aux expositions passées — dessinent une cartographie claire : le travail peut être source d’épanouissement, mais il reste aussi un déterminant majeur de santé.

La question n’est donc plus seulement de réparer les dégâts. Elle est de savoir comment repenser le travail pour qu’il n’use plus autant qu’il ne construit.

Références